Biographie

Né en 1976 à Paris, Mathieu Duvignaud est plasticien et architecte paysagiste, basé à La Rochelle. Son travail artistique explore les liens complexes entre l’humain, son environnement, et les dynamiques socio-écologiques. En s’appuyant sur des thématiques telles que les écotones, l’anomie et l’alchimie, il associe art et science pour questionner les enjeux contemporains liés à l’eau, à la biodiversité et aux territoires.

Diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage à Blois, il a également enrichi son parcours par des formations en arts plastiques et en innovation technologique, notamment au Brésil. Depuis 2003, il réalise des installations artistiques collaboratives, des œuvres in situ et des projets de médiation culturelle, tout en intervenant auprès de publics variés en France et à l’international.

Mathieu collabore régulièrement avec des institutions scientifiques, telles que le CNRS et des réseaux internationaux de recherche, notamment autour de l’Atlas des territoires invisibles. Son engagement artistique et pédagogique s’étend également à la médiation culturelle autour de l’eau au sein de l’ONG Bleu Versant, où il organise ateliers, expositions et événements pour sensibiliser à la résilience des territoires.

Son parcours est jalonné d’expositions personnelles et collectives en France, au Brésil, et ailleurs, et ses résidences artistiques l’ont amené à travailler dans des contextes variés, des marais de La Rochelle aux festivals brésiliens. En 2016, son atelier a été reconnu par la Commission nationale française de l’UNESCO pour son approche intégrative en faveur des artistes réfugiés.


Statement

La pratique artistique de Mathieu Duvignaud gravite autour de considérations écologiques, évidemment liées aux urgences contemporaines, mais surtout au sens large : par son art, il questionne les rapports des êtres entre eux, et avec leur milieu.

Depuis plus de 20 ans, comme une régularité, son travail peut se comprendre à partir du concept d’écotone, zone de transition entre deux écosystèmes, où les conditions d’environnement sont intermédiaires. Ses travaux s’inaugurent dans la rencontre avec les paysages, leurs populations et les chercheurs qui les étudient, s’ancrant dans une réalité vécue et comprise. Confrontant recherche scientifique et recherche plastique, Il cherche à montrer la porosité des frontières entre les éléments matériels et les affects qui s’y rattachent.

Toujours, on retrouve les motifs de la limite, de l’hybridation, de la lisière comme zone de contact. Il se fait ainsi le rapporteur d’une humanité qui tente de recouvrer le lien avec le vivant, à travers une relation de présence : ici et maintenant, ouverte à la fluidité et au renouvellement.

À La Rochelle, dans ses séries Infra bleu et Presque un paysage, il travaille le limon et redéfinit notre représentation du littoral. Ni terre ni eau, la forme actuelle de ces espaces est éminemment instable et mouvante, dépendante de l’interaction des vies qui s’y développent et s’y confrontent. À Natal au Brésil, pour son projet Muraille impossible, il construit un mur de glace qu’il laisse fondre sur une plage, métaphore contingente des habitations alentour qui s’effondrent au gré de la montée des eaux. Toujours au Brésil, Via crucis met en scène des fourmis transportant des croix sur leur dos et révèle avec provocation la correspondance entre société humaine et société entomofaune.

Mathieu Duvignaud utilise la photographie, la vidéo, la peinture, la sculpture, le thermoformage. La diversité des médiums et des matériaux utilisés lui permet d’établir un lien entre la matière brute et l’objet de ses recherches. Il fait intervenir le vivant dans son art, comme des personnages. Le bois, le limon, les algues, l’eau, les insectes. Ce ne sont pas seulement les matières naturelles qui s’adaptent à la production artistique mais la pratique qui s’adapte au matériau.

 

1976

Naissance à Paris, France.

1996

Prépa École d'Arts Appliqués des Ateliers Saint Sabin, Paris.

2001

Diplôme d’architecte paysagiste, Blois. 

Mémoire sur la requalification de la base militaire de Thouars (79).
Directeur de recherche : Paul Virilio, architecte et philosophe.

2003

Installation au Brésil. Découvre la couleur et la force brute de la nature.
Premières créations avec l’environnement.

2016

Intègre l’Ong Bleu Versant qui sensibilise sur la question de l’eau avec le médium culturel et artistique. 

2019

Intègre le collectif de plasticiens Essence Carbone, projet de résidence au sein de l'Hôpital psychiatrique Marius Lacroix, la Rochelle, France.

2021

Projets de recherches Art et Sciences avec LiensS, Cnrs, Science Po. 


Expositions personnelles


2023

LES INSENSES. Hôpital Marius Lacroix.
CH[ai-è-e]R #2 - Logis de Coureilles, La Rochelle.
CH[ai-è-e]R #1 - Galerie Essence Carbone, La Rochelle.

2022
Exposition INFRABLEU - Galerie Valin, La Rochelle.
LES INVISIBLES. Château d’Agassac, Bordeaux.

2021
LES INVISIBLES. Galerie de l’Artichaut, Bordeaux, France.

2020
Espace le Prao, la Rochelle.

2019
MAGNIFIQUE MALEFIQUE, p(art)cours Ville de la Rochelle, France.

2018
MODERN VIOLENCE, SESC, Natal, Brésil.

2008
REGARDS. Centre culturel de João Pessoa, Brésil.

2007
SOMNAMBULES. Galerie Aguaricus, Natal, Brésil.

2006
ICONES. Atelier Dorian Gray Natal, Brésil.

2005

A L’OMBRE DES OUBLIES. Galerie le Perthuis, La rochelle, France.
Alliance Française de Natal, Brésil.
Alliance Française de Belém, Brésil.

2004
REFLETS. Espace privé, La Rochelle, France.


Expositions collectives

2024
PRESQUE UN PAYSAGE. Galerie éphémère. La Rochelle

2023
INFRABLEU. Galerie Katel Lejeune.

2022
EMPREINTES. Centre Intermonde, Département Charentes Maritimes. Espace Champlain, Brouage.

2020
LE PREMIER G. Galerie Terra Amata, la Rochelle, France

2019
ANDANTE. Exposition autour de l’influence de la pensée de Paul Virilio par Captures - Centre d’art contemporain de Royan, France, commissaire: Frédéric Lemaigre, scénographie : Claude-Laurenet Aubert et Arnaud Maurer

2019
Journées du patrimoine, Cloître des augustins, la Rochelle, France.

2019
BRASIL EUROPA . Château de Gmûnd, Autriche.

2018
BRASIL EUROPA . Château de Gmûnd, Autriche.

2017
GREEN CUBE. Espace privé, Montréal, France.

2017
BRASIL EUROPA . Pinacoteca Potiguar, Natal, Brésil.

2016
XX éme Rencontres d’Art contemporain du Château de Saint Auvent

2008
REGARDS. Centre culturel de João Pessoa, Brésil.

2001
LES EPHEMERES DE BAMAGONIE Rues de la ville de Saint Aignan, France.

2001
Inauguration de l’Université de la Lumière, Celles-sur-Belle, France.


Installations

2020

ICE. Partenariat avec le LiensS-CNRS e Museum d’histoire naturelle de La Rochelle.

2019

VOODOO. Aide à la création / résidence P(art)cours, zone protégée des Marais de Tasdon, La Rochelle.

OURSIN. Aide à la création / résidence P(art)cours, zone protégée des Marais de Tasdon, La Rochelle.

2016

DECLARATION DE GUERRE. Ministère Culture Brésil, Natal, Brésil.

EXTASY. Résidence Nomades, Centre culturel Niteroi, Brésil.

GROUND 0, Natal, Brésil. Commande IFRN, Brésil.

2014

LA MURAILLE IMPOSSIBLE, Plage de Redinha. Commande SESC – Casa da Ribeira, Natal, Brésil.

IDENTITES BINAIRES, Commande Festival Sesc Cariri, Brésil.

CRITIQUE DE LA SEPARATION. Projet personnel, Natal, Brésil.

REVOLUTION IS A SEED . Projet personnel, Natal, Brésil.

VIA CRUCIS. Projet personnel, Natal, Brésil.

HORYZONTAL 1. Commande festival de Garanhuns, FIG, PE, Brésil.

GONE WITH THE WIND. Projet personnel, Natal, Brésil.

2013

LE JARDIN AMOUR, Festival international des jardins de Chaumont. France.

LA FUITE. Commande IFRN Pau dos ferros, RN, Brésil.

LE CENTRE DU MONDE. Commande IF RN Pau dos ferros, RN, Brésil.

LOVE ME. Ribeira. Projet personnel, Natal, Brésil.

2012

L’ILOT OURSIN. Festival des hortillonnages d’Amiens. France.

2002

LES CHEMINS D’OR. Commande pour l’inauguration du centre Européen de la lumière, Celles-sur-Belle, France.

Publications

2022
Catalogue exposition EMPREINTES. Département Charentes Marintimes, Centre Intermonde.

2021
Brochure publiée à l’occasion de la sortie de la résidence de création INFRABLEU, autour des enjeux du littoral et du carbone bleu.

2014
FAKE Les Cahiers européens de l’imaginaire, Article : Nova pasta

2013
SITE SPECIFIC Jardim Amor Festival International de Chaumont.
ARTE & PAISAGEM, Brésil. Publication Atelier MAde

2012
Préface du livre « Premio de artes visuais Marcantonio Vilaçia » Ministère de la culture, Brésil.
Revista PREA 25

2003
SITE SPECIFIC Rencontres Lena Kersa

Notre regard sur la terre.

Sofia P. Bauchwitz, Commissaire d’exposition.

Accompagner le cheminement d’un artiste est une sorte de dérive : on ne sait pas exactement où nous serons amenés, mais nous continuons à avancer, au gré des stimuli visuels, éléments poétiques et conceptuels qui apparaissent. Chaque œuvre se présente à nous à sa manière, comme une réponse à un moment donné précis vécu par son auteur. Si, comme cela semble être le cas pour Mathieu Duvignaud, cet artiste est un artiste errant, on ne s’étonne pas alors de voir des idées s’entrelacer, qui vont et viennent, et ce dans un cycle de concepts qui se répètent et se renouvellent en même temps.

Avec le recul, on se rend compte que les œuvres de Mathieu Duvignaud oscillent entre l’éphémère et la capacité de fixer et de révéler des marques humaines et non humaines sur et à partir du territoire. L’artiste a déjà exploré le conflit entre technologies et atavismes, il a réfléchi à la notion de paysage (campagnard, côtier, domestiqué, menacé), il a invité les fourmis à effectuer une critique sociale et a créé des rituels pour les futurs politiciens. Il a aussi utilisé un large éventail d’éléments et de matériaux allant de la glace à l’argile, du crâne de l’animal mort, à la vase qui accumule la vie dans la mangrove. Son travail peut donner lieu à des performances, installations, peintures abstraites faites de sel ou une coopération avec l’intelligence artificielle.

Cet ensemble qui peut paraître à certains peu cohérent, est en fait la cartographie d’un artiste qui insiste pour être témoin et laisser un témoignage de/sur cette terre qui existe, maintenant, dans ce présent, dans cette actualité. Assumer la pratique de l’errance implique d’embrasser la multiplicité des interprétations et des lectures que l’œuvre déclenche souvent de manière imprévue. Cela signifie adopter la fluidité inhérente à la pratique artistique elle-même, comme si nous effaçons constamment le tableau et recommençons à zéro seulement pour, un peu plus loin, essayer de repenser quelque chose de similaire. Duvignaud est donc un vagabond.

Suivre sa trajectoire, c’est parcourir des récits géographiques, anthropologiques, philosophiques, écologiques et sociaux. Ses concepts orientent la dérive de chaque spectateur vers son univers et reflètent ses obsessions qui reviennent incessamment, prenant des formes et des noms différents à chaque fois. Dans son travail, je comprends qu’un « troisième paysage » (les interstices, les résidus, les pouvoirs minimaux, les diversités), comme le proposait le jardinier et paysagiste Gilles Clément, est toujours proche. Et c’est là que l’idée d’écotone apparaît, en étant une frontière multiplicatrice et génératrice de nouvelles possibilités d’existences résistantes et je réalise alors qu’il est possible de penser son œuvre globale sous le prisme de l’anomie. L’anomie, cet état de désordre ressenti par un corps social, peut également être comprise comme un état de vibration vers le nouveau, la transformation et donc la transmutation. En ce sens, les œuvres de Mathieu Duvignaud s’écartent de l’ordre et glissent vers des états anomiques.

Dans une époque comme la nôtre, où la fin est annoncée et désespérée, insister pour observer les fourmis, explorer les boues et partager ce qui a été appris, représente une méthodologie importante qui aide à créer des organisations pour un vivre-ensemble plus singulier, plus localisé.

Natal, Brésil. 2023 - Sofia P. Bauchwitz